Entre rayonnages et salles de classe, Maria Aellig transforme les livres en des passerelles vers le monde réel. À Nidau, elle transmet le goût de la lecture, fait le lien entre les langues et accompagne enfants et adultes dans l’art de donner du sens aux images et aux histoires, une pratique concrète de la compétence narrative.

Enseignante généraliste de profession, la Nidowienne Maria Aellig est également une lectrice fervente et passionnée. Âgée aujourd’hui de 63 ans, elle a clairement fait sa place dans la sphère des bibliothèques scolaires et communales. Au point de s’impliquer pour trois d’entre elles. En poste depuis 20 ans à la Bibliothèque française de Nidau, elle s’est progressivement engagée pour les structures bilingues des écoles primaires de la Plänke, puis de la Champagne. Entre offres pour adultes et jeune public, elle évolue dans des univers tramés d’histoires. Certaines vraies, issues de témoignages et récits de vie; d’autres fantastiques, nées de l’esprit débridé d’auteures et d’auteurs inventifs.
Tout en gardant un pied dans l’enseignement, Maria Aellig fait désormais de l’activité de bibliothécaire sa priorité. Elle navigue aujourd’hui entre trois sites, nantis globalement de plus de 20000 livres, BD et documents audiovisuels, à disposition de quelque 600 utilisatrices et utilisateurs réguliers. Au collège de la Champagne, où elle enseigne le français dans une classe germanophone, ses compétences dans les deux langues lui permettent également de traiter la littérature allemande. «Lorsqu’on commence à suivre l’actualité des livres en allemand, on se rend compte qu’il y a quand même une sacrée différence. Trouver des bandes dessinées est par exemple difficile.» Son taux d’occupation global avoisine les 50%. Un pourcentage trompeur, à l’entendre, car souvent insuffisant pour combiner les achats, l’entretien des livres et l’accueil des élèves. « Le travail dans une bibliothèque est infini ! Il m’arrive parfois d’en sortir le soir à 20 h, et même de m’y rendre le dimanche selon le temps disponible. Sans heures supplémentaires, on ne s’en sort pas. Mais il ne s’agit pas d’un travail fatigant et j’y prends de toute évidence plaisir.»
Une mise dans le bain précoce
Née à Bienne de parents siciliens, Maria Aellig a très tôt voyagé vers le Sud. Ce dépaysement la disposera à l’évasion littéraire, et à écumer, dès l’âge tendre, les salles de lecture emplies de bouquins. À la bibliothèque communale, la responsable l’incite même à accomplir une tâche valorisante. «J’avais le droit de m’occuper, entre autres, du service de prêt. J’allais par conséquent tous les samedis après-midi à la biblio, et pas forcément pour lire. Cette marque de confiance m’a tellement touchée que j’encourage aujourd’hui les élèves à scanner eux-mêmes les livres.»
Après cinq ans d’école normale suivie d’une année d’université, elle enseigne durant un an à l’École cantonale de langue française, à Berne. Son statut de jeune maman l’incite ensuite à dispenser des leçons privées. «Travailler dans une bibliothèque était devenu un grand rêve», se souvient celle qui s’est formée sur le tas. «Il y a une vingtaine d’années, le fait d’être enseignante m’a beaucoup aidée. Je n’ai finalement jamais suivi les cours que j’avais reportés au départ.»
L’impact des écrans
Dans un établissement scolaire, chaque bibliothécaire a pour mission d’insuffler le goût de la lecture. Une tâche gratifiante, mais sur laquelle plane une ombre. Depuis plusieurs années et de plus en plus, Maria Aellig observe l’impact des écrans sur les jeunes. «Les enfants lisent de moins en moins et prennent moins de livres. C’est parfois difficile de les motiver, et même très compliqué, dès qu’il y a beaucoup de pages. J’essaie de leur proposer ce qui est à la mode et qui plaît. Comme la série illustrée Max et Lili. Ils aiment également qu’on leur lise des histoires. » Plusieurs fois par semaine, Maria Aellig accueille maintenant les élèves durant la récréation. «Pour permettre aux enfants de venir aussi sans profs, et de prendre vraiment les livres de leur choix, quels qu’ils soient. Je crois toujours au retour à la lecture, car les élèves fans de lecture existent toujours. L’un d’entre eux emporte plus de 20 livres par semaine. »
Entre polars et grandes sagas

Dans le cadre inspirant de son domicile nidowien, où son époux et elle vivent avec deux chiens et un lapin, la bibliothécaire dévore notamment des polars et des romans historiques. Elle apprécie aussi les grandes sagas et certaines bandes dessinées. Ses auteures et auteurs favoris vont de Fred Vargas à Victoria Hislop, en passant par Ken Follett, le Zurichois Charles Lewinsky et Elena Ferrante. «Je n’arrive pas à m’endormir sans avoir lu au moins quelque chose, ne serait-ce que quelques lignes. » Parmi les titres qui l’ont marquée, elle cite notamment L’attentat de l’Algérien Yasmina Khadra.
À deux ans de la retraite, la sexagénaire n’imagine pas complètement quitter son environnement professionnel. «Peut-être au niveau de l’enseignement, mais sûrement pas de sitôt les bibliothèques.»
Maria Aellig (63)
est enseignante généraliste de formation. Elle est aujourd’hui active dans trois bibliothèques scolaires et communales à Nidau ainsi que dans les écoles de la Plänke et de la Champagne. Lectrice passionnée, elle s’engage depuis plus de vingt ans pour transmettre le goût de la lecture aux jeunes et aux adultes. Bilingue, elle crée des passerelles entre les littératures française et allemande et voit la bibliothèque comme un lieu vivant d’histoires et de rencontres.
Richtlinien für Schulbibliotheken (2025)
Die neue Ausgabe der Bibliosuisse-Richtlinien definiert die Schulbibliothek neu als multifunktionales Bildungszentrum und stellt die Fachperson als zentrale Navigationskraft in den Mittelpunkt. Als Ort der Begegnung fördert sie Lese-, Medien-und Informationskompetenz und unterstützt lebenslanges Lernen. Sie wirkt als inklusiver Raum der Beziehung und Kooperation, der Vielfalt sichtbar macht und Orientierung im digitalen Wissensraum bietet.
Salomé Di Nuccio
Foto: Sam Bosshard
Illustration: Bibliosuisse
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